Par Denis B. le mardi 05 mai 2009, 10:56
375 millions d’européens sont appelés à élire leurs députés au Parlement de Strasbourg comptant 27 pays et parlant 23 langues différentes
Les élections européennes sont l’occasion de parler du Parlement de Strasbourg, de faire le point sur le travail accompli pendant la mandature et d’analyser les défis qui attendent les futurs députés. Vingt ans après la chute du mur de Berlin et cinq ans après l’élargissement aux pays de l’Europe centrale. L’union européenne a en effet fait la preuve de sa capacité d’évolution, mais de nombreux défis l’attendent encore dans les années à venir. Percutée par une crise économique mondiale, elle doit, dans un contexte difficile, poursuivre l’intégration des pays de l’Europe centrale et poser les bases d’une croissance économique respectueuse des salariés et de l’environnement. Face à ces défis, le Parlement européen joue aujourd’hui un rôle de plus en plus central aux côtés du Conseil et de la Commission.
A sa création en 1958, cette assemblée n’avait qu’un rôle consultatif. Les 142 députés européens (représentant six pays) étaient nommés par les Parlements nationaux. Progressivement, les différents traités ont renforcé son pouvoir et sa légitimé démocratique. Les députés européens ont ainsi été élus pour la première fois au suffrage universel en 1979. Cette année-là, Simone Veil sera d’ailleurs la première femme élue Présidente du Parlement.
Trente ans plus tard, 27 pays se préparent à élire 736 députés avec un réel pouvoir législatif. « Ces cinq dernières années ont été marquées par l’élargissement de l’Union de 15 à 25, puis à 27. L’intégration des pays de l’Europe centrale à l’Union a ainsi fermé une parenthèse douloureuse de l’histoire européenne », rappelle François Bafoil, chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches internationales (CERI). Le Parlement Européen représente donc aujourd’hui près de 500 millions d’habitants avec des histoires, des langues et des cultures différentes faisant de l’Union Européenne un territoire riche de diversités.
« L’élection des députés au suffrage universel rend souvent le Parlement plus proche des préoccupations des citoyens que les autres institutions européennes » souligne de son côté un secrétaire confédéral d'une des organisations syndicales françaises en charge des questions européennes. « Cette mandature a d’ailleurs montré que les députés pouvaient largement amender les projets du Conseil et de la Commission dans l’intérêt des citoyens. »
Une culture de compromis
L’action du Parlement trouve sa légitimité grâce à son mode d’élection démocratique exemplaire. Dans le cadre de la directive « temps de travail » les députés ont montré une nouvelle fois que le Parlement Européen a la possibilité de se distinguer fortement de la position du Conseil et de la Commission (cf. encadré ci-dessous) et peut engager le dialogue pour la protection des citoyens européens. Les députés européens ont une véritable culture du compromis. Sur les dossiers sensibles, ils n’hésitent pas à faire entendre leur désaccord tout en recherchant en permanence un consensus avec le Conseil pour éviter les blocages.
Ces élections européennes représentent donc un enjeu démocratique important pour tous les citoyens des 27 pays de l’Union qui ont l’occasion, à travers ce vote, d’exprimer leur opinion et de peser sur les futures décisions de l’Union Européenne. L’élection d’un nouveau Parlement conduit en outre à la mise en place d’une nouvelle Commission dont la composition dépend en partie de ce scrutin injustement boudé par une forte abstention, grandissant chaque année (54 % d’abstention en 2004). Ce vote est d’autant plus important que le Parlement devrait voir ses pouvoirs renforcés lorsque le traité de Lisbonne entrera en application.
La directive « temps de travail »
Depuis son adoption en 1993, les organisations syndicales européennes demandent la révision de la directive « Temps de travail » qui permet à certains Etats de l’Union de déroger à la législation européenne imposant actuellement 48 heures de travail par semaine au maximum.
Après plusieurs années de négociation, les gouvernements se sont mis d’accord sur un nouveau texte, mais ce dernier protégerait encore moins les salariés. Pour la première fois dans l’histoire de la construction européenne, la révision d’une directive conduisait à un recul social. Le 17 décembre 2008, le Parlement Européen a condamné ce projet de révision en rejetant le texte à une large majorité.
Le Parlement et le Conseil travaillent aujourd’hui à un nouveau compromis qui devait s’achever le 28 avril dernier. Faute d’accord entre les deux parties, la révision de la directive risque d’être définitivement enterrée.
Une fois encore, ce cas démontre bien l’importance de faire du Parlement Européen le pilier de l'Union Européenne !
Paroles de député européen
Bernard LEHIDEUX, député européen du Mouvement Démocrate, membre de la Commission de l'Emploi et des Affaires Sociales, a souligné l’importance de mettre en place des structures syndicales et associatives de taille européenne.
Là où le Parlement Européen pêche encore, en raison de son trop faible pouvoir conféré par les Traités successifs, les initiatives populaires pourraient être une des solutions permettant aux citoyens de se faire entendre. Selon Bernard LEHIDEUX, il est « impératif que les actions menées se fassent au niveau européen ». Les groupes d’action organisés par les citoyens européens ont l’avantage d’imposer un dialogue direct entre les citoyens et les institutions décisionnelles de Bruxelles. De plus, cela permettrait de rendre réel et concret la citoyenneté européenne.